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TISSER, L'ESPRIT DU GESTE
Crin, carrosse* et cocagne**, le temps et l’animal, c’était hier encore, pour l’homme, en un rythme qui s’enroulait aux choses selon les gestes du travail de la vie, une ample mélopée du monde journalier qui tenait de la danse du derviche tourneur, du soc de la charrue et du bourdonnement de l’abeille. Au rythme du pas du cheval répondait le sabot de ceux qui tarraudaient le temps de leur labeur, sueur et saveurs inextricablement mêlées -le travail n’est jamais facile, on le sait- quand chacun récoltait selon sa mise, en nature, en valeur et en rêves, ce qu’il avait semé, engrangé, puis tressé lors de saisons ardentes où feu, vent, rivière, toutes vies confondues et gerbes déployées aux martels de la foi, entre cloche et foyer, pour naître et pour mourir, donnaient à l’homme la toile, parfois ornée de grands bouquets de seringa mêlés aux lys, afin de conserver toute l’année le pain, le vin, et la viande au saloir, en parenté.
C’était sur tout, la main de l’homme, des couleurs du vitrail aux motifs sculptés dans la pierre, sur les tuiles vernissées ou faîtières, dans le mijotage rond du lard aux haricots qui embaumait tout le jour aux coutils... C’était tissé de laine, de chanvre, de plis soignés, mystiques, réfléchis, l’esprit du geste.
Très tôt, le fil. Il pendait des rouleaux en carton qui se superposaient dans le placard du haut, là où dormaient les doublures en attendant la table et les ciseaux ; on aurait dit des algues, vertes, roses, sépias, filaments brillants doux aux regards de l’enfant qui apprend son métier très tôt, à l’oreille, aux odeurs, en mâchouillant les échevaux de fils et de boutons avec lesquels il joue. C’est l’aiguille de la Pfaff qui ponctue le silence de son trot régulier, les lames des ciseaux quand ils taillent les draps, la roue que l’on tourne à la main, méticuleusement, le glissement ténu du dé sur le chat de l’aiguille, à peine, léger, le souffle régulier après la tension du silence si l’ouvrage est délicat, le balai doux glissant sur le sol, l’entrelac de lumières, de reflets sur les murs, selon l’heure, les odeurs, les apprêts, des cotons, de la laine, de la craie à tracer, du métal, et le bruit péremptoire de la machine à sertir les boutons dans un cercle en laiton qui capture l’étoffe avant de la bloquer, bleu, roux, grège, le ruban que l’on pose sur le col s’immobilise, ouvrir une boutonnière, poser un biais... Le regard de l’enfant contemple, s’imprègne, décode, apprends, puis organise la construction soyeuse, mate ou brillante, de ce qu’il réalise peu à peu, puissance du souvenir que la mémoire va lire bien des années après, en repassant le film de l’ouvrage qui contenait l’âme du métier. Tisser.
Très tôt j’ai compris la magie du fil, l’entrelacement des gestes aux étoffes drappées sur les corps dans ce que les couleurs, les motifs, les formes, les ornements, nous apprennent sur les qualités et les caractères d’un métier ; cela change tout ensuite, quand on en comprend la logique. Nous sommes inséparables de nos mains, du tact, du tissage : ce que le fil relie n’est jamais dissociable du temps. C’est l’acte de conscience, celui qui, dès les origines, relie l’individu au monde, une histoire de jonc, de nerf, d’écorce et de laine qui s’enroule sur le bois devenu lisse et prolonge en nous toutes sortes de sentiments. Un travail de retour aux sources, mouvement de rivière qui efface les angles et rend plus souple l’intensité en lui permettant d’être fonctionnelle, le polissage, geste premier, sensible, apprentissage de la société tout entière, dans sa capacité de rendre lisse la pierre, le bois, le fil, chemin de l’homme qui découvre le monde intellectuel et culturel du lien, puis se l’approprie. Il adoucit la pierre, puis donne au fer la douceur qui permet le tranchant, il va tresser, tordre, lier, battre ce qui se travaille, couper le fil, le cordon, naître. Il s’agit avant tout de veiller à.
Les mots suivirent, la main prolongeait la tension du fil par des histoires que l’on raconte, nées du mouvement des doigts. Entre deux arbres, une mémoire transgénérationnelle, une margelle où la corde capte l’eau matricielle pour désaltérer l’âme qui affleure aux lèvres ; la vie d’un atelier repose sur ces espaces à l’intérieur du crâne, à côté des souvenirs, quand technique et patience donnent ensemble l’équation de la joie. Une mémoire jaillissante vient sourdre aux mains. Elle nous relie aux mystères encore palpables de ce monde où l’on tresse, où l’on taille et assemble des morceaux d’univers, trame de matière sur chaîne de temps... Le fil se tisse, déborde jusqu’à la forme qui se déploie.
*le carrosse était la caisse à savon des femmes qui allaient laver le linge à la rivière
** la cocagne résulte des feuilles broyées de l’Isatis tinctoria, mises à sécher, et permet de réactiver le pigment bleu contenu dans la plante
C’était sur tout, la main de l’homme, des couleurs du vitrail aux motifs sculptés dans la pierre, sur les tuiles vernissées ou faîtières, dans le mijotage rond du lard aux haricots qui embaumait tout le jour aux coutils... C’était tissé de laine, de chanvre, de plis soignés, mystiques, réfléchis, l’esprit du geste.
Très tôt, le fil. Il pendait des rouleaux en carton qui se superposaient dans le placard du haut, là où dormaient les doublures en attendant la table et les ciseaux ; on aurait dit des algues, vertes, roses, sépias, filaments brillants doux aux regards de l’enfant qui apprend son métier très tôt, à l’oreille, aux odeurs, en mâchouillant les échevaux de fils et de boutons avec lesquels il joue. C’est l’aiguille de la Pfaff qui ponctue le silence de son trot régulier, les lames des ciseaux quand ils taillent les draps, la roue que l’on tourne à la main, méticuleusement, le glissement ténu du dé sur le chat de l’aiguille, à peine, léger, le souffle régulier après la tension du silence si l’ouvrage est délicat, le balai doux glissant sur le sol, l’entrelac de lumières, de reflets sur les murs, selon l’heure, les odeurs, les apprêts, des cotons, de la laine, de la craie à tracer, du métal, et le bruit péremptoire de la machine à sertir les boutons dans un cercle en laiton qui capture l’étoffe avant de la bloquer, bleu, roux, grège, le ruban que l’on pose sur le col s’immobilise, ouvrir une boutonnière, poser un biais... Le regard de l’enfant contemple, s’imprègne, décode, apprends, puis organise la construction soyeuse, mate ou brillante, de ce qu’il réalise peu à peu, puissance du souvenir que la mémoire va lire bien des années après, en repassant le film de l’ouvrage qui contenait l’âme du métier. Tisser.
Très tôt j’ai compris la magie du fil, l’entrelacement des gestes aux étoffes drappées sur les corps dans ce que les couleurs, les motifs, les formes, les ornements, nous apprennent sur les qualités et les caractères d’un métier ; cela change tout ensuite, quand on en comprend la logique. Nous sommes inséparables de nos mains, du tact, du tissage : ce que le fil relie n’est jamais dissociable du temps. C’est l’acte de conscience, celui qui, dès les origines, relie l’individu au monde, une histoire de jonc, de nerf, d’écorce et de laine qui s’enroule sur le bois devenu lisse et prolonge en nous toutes sortes de sentiments. Un travail de retour aux sources, mouvement de rivière qui efface les angles et rend plus souple l’intensité en lui permettant d’être fonctionnelle, le polissage, geste premier, sensible, apprentissage de la société tout entière, dans sa capacité de rendre lisse la pierre, le bois, le fil, chemin de l’homme qui découvre le monde intellectuel et culturel du lien, puis se l’approprie. Il adoucit la pierre, puis donne au fer la douceur qui permet le tranchant, il va tresser, tordre, lier, battre ce qui se travaille, couper le fil, le cordon, naître. Il s’agit avant tout de veiller à.
Les mots suivirent, la main prolongeait la tension du fil par des histoires que l’on raconte, nées du mouvement des doigts. Entre deux arbres, une mémoire transgénérationnelle, une margelle où la corde capte l’eau matricielle pour désaltérer l’âme qui affleure aux lèvres ; la vie d’un atelier repose sur ces espaces à l’intérieur du crâne, à côté des souvenirs, quand technique et patience donnent ensemble l’équation de la joie. Une mémoire jaillissante vient sourdre aux mains. Elle nous relie aux mystères encore palpables de ce monde où l’on tresse, où l’on taille et assemble des morceaux d’univers, trame de matière sur chaîne de temps... Le fil se tisse, déborde jusqu’à la forme qui se déploie.
*le carrosse était la caisse à savon des femmes qui allaient laver le linge à la rivière
** la cocagne résulte des feuilles broyées de l’Isatis tinctoria, mises à sécher, et permet de réactiver le pigment bleu contenu dans la plante
LES TINCTORIALES, LA COULEUR AU NATUREL
La Maison des Arts Textiles & du Design aime et cultive les couleurs naturelles, celles des plantes tinctoriales dont les nuances imprègnent si bien, et avec tant de subtilité, la laine.
Garance, Iris, Noyer, Patience, Rhubarbe des moines, Millepertuis, Gaude, Isatis, Vieux Fustet, Genêt, Rose d’Inde, Arbre de Judée, Bruyère, Sureau, Laurier-rose des teinturiers, Sophora du Japon, Grenadier... La nature déploie sous nos yeux toutes sortes de matières qui, souvent, nous laissent pressentir les teintes qui en résulteront... Corail, Sienne, Vert intense, Brun fauve, Bleu dans l’esprit de Nattier, Indigo intemporel, Cuivre, Rouille, Violet, Gris orage, Rouge coquelicot.... chaque teinte contient en quantité infinitésimale un peu des autres, contrairement aux couleurs chimiques qui sont pures et engendrent de ce fait des fractures insoutenables à l’œil lorsqu’elles sont mal appariées.
Ce que sont les couleurs est toujours mystérieux. Un regard nous émeut, bleu, vert, brun, c’est une intensité. Un paysage se déploie devant nous, mousses, feuilles, lichens, écorces, pierres, feuilles, pétales, pigments, ciels, combes, nuits, oxydes et glacis, ocres, la terre où insectes, racines, coquilles et lombrics vont composer de changeants reliefs... Dans les rues des villes, l’asphalte louvoie avec les plastiques et les flaques, les aciers, la peinture laquée des devantures, les cuirs vernissés, les couleurs des cheveux ou les ongles brillants qui claquent aux regards et sur les pages des magazines, l’absolu d’un rouge, une carrosserie réfléchissante, ou terne, la couleur pain d’épice doré de certains hâles, si appréciée, les contrastes, les effets de matières, la laine, la soie ou la rayonne, les enseignes, les spots et les lumières des feux, gemmes, graines, métaux précieux, ou clinquants, qui font tant d’effet... Toile, frou-frou, châles, tweeds, bogolans, blanc nuptial, voile de deuil, Hommes bleus, Peaux rouges, Femme Turquoise, l’épouse du Soleil... Mais il arrive que les couleurs des hommes soient parfois grises de poussières et piégées par ce qui nous entoure, cri de guerre, magie noire, chimie d’une industrie qui dévore depuis longtemps toutes les matières, dans l’ombre des tendances et des messages codés, futiles, aux galons hiérarchiques, business, graphique autant que compulsif, le monde des couleurs a perdu beaucoup de sa puissance évocatrice et ne doit pas devenir exclusivement celui de la chimie industrielle lourde, des matières tirées du pétrole ou du goudron de houille, dérivées de l’aniline ou du phénol, via l’acide sulfurique.
Ce fut à l’origine, une intuition géniale, un hasard, quelque chose qui ressemble à de la cuisine, la pelure qui tache, un jus qui imprègne la peau, une étoffe première, un jonc dont on avait tressé les tiges. Et cela reste. La Couleur. Affective ou mystique, posée sur un visage, elle signe le monde d’un même élan que la lumière dont les contrastes, alors, deviennent vivants, bien avant les reflets, au premier corps qui glisse sur l’herbe et garde sur lui les couleurs de terres saturées d’eau.
S’imprégner prend du temps, mais le temps n’existe pas encore, pas à notre façon de peintures chimiques empêtrées de standards. Non, en amont de nous, le Temps est encore rythme, courant où l’on voit les écailles irisées chatoyer aux regards. Il devient plume, dont on se pare, la fougère sur laquelle on dort, une fourrure ocellée, rousse, blanche, brune... Il se peut qu’il soit fruit, miel, terre craquelée, soleil ou sang... Là ce fut du henné, ici des mûres, ailleurs quelques oignons ou des pigments, le feu, l’eau, la laine, les éléments premiers, le goût et la saveur que la langue travaille, en mâchant, la salive, la commissure des lèvres tachée par quelques baies ! Un jaune réfléchi sur du vert et dans lequel un peu de rouge s’intensifie, la couleur des lichens, l’attachement au sol, les épices qu’on emporte en voyage avec soi, la marche, ou le pas d’un cheval, le silence, l’observation de tout et, avec la fatigue, un abandon de soi...
L’heure du partage, au gré des haltes, à la rivière, à la fontaine, quand l’ombre donne aux rêves de parler et d’entendre ce que dit l’autre, le voyageur qui sait ce que je ne sais pas. Mais surtout, les feuillages, l’horizon, la lumière du jour puis celle de la nuit, le fait de ralentir, de réfléchir, d’attendre, de voir et de comprendre, et d’essayer !
Bien sûr, une couleur est avant tout une réaction chimique, mais elle est induite par notre regard, notre attention au monde qui nous entoure, que l’on désire, dont on veut reproduire les valeurs affectives ou gourmandes. Elle est avant tout appropriation, désir, élan, séduction, prise de possession d’un territoire autrefois symbolique autant que spirituel, emblème de clan, mémoire, élément nourricier, matriciel ou thérapeutique, repère, réconfort et dialogue... Une couleur, c’est une bannière, un seuil, et toujours un langage plus ou moins codifié selon la culture, le pays, l’époque, dont il faudrait surtout qu’il ne soit pas figé.
Garance, Iris, Noyer, Patience, Rhubarbe des moines, Millepertuis, Gaude, Isatis, Vieux Fustet, Genêt, Rose d’Inde, Arbre de Judée, Bruyère, Sureau, Laurier-rose des teinturiers, Sophora du Japon, Grenadier... La nature déploie sous nos yeux toutes sortes de matières qui, souvent, nous laissent pressentir les teintes qui en résulteront... Corail, Sienne, Vert intense, Brun fauve, Bleu dans l’esprit de Nattier, Indigo intemporel, Cuivre, Rouille, Violet, Gris orage, Rouge coquelicot.... chaque teinte contient en quantité infinitésimale un peu des autres, contrairement aux couleurs chimiques qui sont pures et engendrent de ce fait des fractures insoutenables à l’œil lorsqu’elles sont mal appariées.
Ce que sont les couleurs est toujours mystérieux. Un regard nous émeut, bleu, vert, brun, c’est une intensité. Un paysage se déploie devant nous, mousses, feuilles, lichens, écorces, pierres, feuilles, pétales, pigments, ciels, combes, nuits, oxydes et glacis, ocres, la terre où insectes, racines, coquilles et lombrics vont composer de changeants reliefs... Dans les rues des villes, l’asphalte louvoie avec les plastiques et les flaques, les aciers, la peinture laquée des devantures, les cuirs vernissés, les couleurs des cheveux ou les ongles brillants qui claquent aux regards et sur les pages des magazines, l’absolu d’un rouge, une carrosserie réfléchissante, ou terne, la couleur pain d’épice doré de certains hâles, si appréciée, les contrastes, les effets de matières, la laine, la soie ou la rayonne, les enseignes, les spots et les lumières des feux, gemmes, graines, métaux précieux, ou clinquants, qui font tant d’effet... Toile, frou-frou, châles, tweeds, bogolans, blanc nuptial, voile de deuil, Hommes bleus, Peaux rouges, Femme Turquoise, l’épouse du Soleil... Mais il arrive que les couleurs des hommes soient parfois grises de poussières et piégées par ce qui nous entoure, cri de guerre, magie noire, chimie d’une industrie qui dévore depuis longtemps toutes les matières, dans l’ombre des tendances et des messages codés, futiles, aux galons hiérarchiques, business, graphique autant que compulsif, le monde des couleurs a perdu beaucoup de sa puissance évocatrice et ne doit pas devenir exclusivement celui de la chimie industrielle lourde, des matières tirées du pétrole ou du goudron de houille, dérivées de l’aniline ou du phénol, via l’acide sulfurique.
Ce fut à l’origine, une intuition géniale, un hasard, quelque chose qui ressemble à de la cuisine, la pelure qui tache, un jus qui imprègne la peau, une étoffe première, un jonc dont on avait tressé les tiges. Et cela reste. La Couleur. Affective ou mystique, posée sur un visage, elle signe le monde d’un même élan que la lumière dont les contrastes, alors, deviennent vivants, bien avant les reflets, au premier corps qui glisse sur l’herbe et garde sur lui les couleurs de terres saturées d’eau.
S’imprégner prend du temps, mais le temps n’existe pas encore, pas à notre façon de peintures chimiques empêtrées de standards. Non, en amont de nous, le Temps est encore rythme, courant où l’on voit les écailles irisées chatoyer aux regards. Il devient plume, dont on se pare, la fougère sur laquelle on dort, une fourrure ocellée, rousse, blanche, brune... Il se peut qu’il soit fruit, miel, terre craquelée, soleil ou sang... Là ce fut du henné, ici des mûres, ailleurs quelques oignons ou des pigments, le feu, l’eau, la laine, les éléments premiers, le goût et la saveur que la langue travaille, en mâchant, la salive, la commissure des lèvres tachée par quelques baies ! Un jaune réfléchi sur du vert et dans lequel un peu de rouge s’intensifie, la couleur des lichens, l’attachement au sol, les épices qu’on emporte en voyage avec soi, la marche, ou le pas d’un cheval, le silence, l’observation de tout et, avec la fatigue, un abandon de soi...
L’heure du partage, au gré des haltes, à la rivière, à la fontaine, quand l’ombre donne aux rêves de parler et d’entendre ce que dit l’autre, le voyageur qui sait ce que je ne sais pas. Mais surtout, les feuillages, l’horizon, la lumière du jour puis celle de la nuit, le fait de ralentir, de réfléchir, d’attendre, de voir et de comprendre, et d’essayer !
Bien sûr, une couleur est avant tout une réaction chimique, mais elle est induite par notre regard, notre attention au monde qui nous entoure, que l’on désire, dont on veut reproduire les valeurs affectives ou gourmandes. Elle est avant tout appropriation, désir, élan, séduction, prise de possession d’un territoire autrefois symbolique autant que spirituel, emblème de clan, mémoire, élément nourricier, matriciel ou thérapeutique, repère, réconfort et dialogue... Une couleur, c’est une bannière, un seuil, et toujours un langage plus ou moins codifié selon la culture, le pays, l’époque, dont il faudrait surtout qu’il ne soit pas figé.
L'OS, L'ARC ET LE REDON
Certains objets nous parlent : matières, techniques, formes... Ils attestent des gestes et des savoirs, du travail quotidien, de l'ingéniosité parfois géniale de l'artisan, de la pérennité ou de l'obsolescence des choses... Ils attestent du désir très fort de l'individu d'établir avec le monde qui l'entoure tout un langage d'usages et de correspondances dont émanent la plupart des ouvrages façonnés. Ils seront structurés sur les pierres ou taillés dans le bois, élaborés par le fil du tisserand qui relie et protège ; engendrés par l'arc et le feu, ou la terre du potier, ils combleront la faim ; la sonnaille signera le troupeau. Elle rassure l'animal et le berger qui sait bien qu'elle chasse les mauvais esprits ...
Il suffit d'une lumière pour révéler l'identité particulière d'un objet.
Ce jour-là, au musée, un polissoir de lisières en os, un arc massaï et un redon se sont retrouvés côte à côte, objets textiles d'univers autres mais reliés par l'intelligence :
- L'os du pied d'un veau fut utilisé pour polir les lisières des étoffes jusque vers le milieu du XXe siècle, en Bourgogne, par le dernier tixier d'Auxois.
- L'arc massaï, en cuir ajusté et cousu sur une âme en bois, est orné de franges. Un boyau noué lui donne son élasticité.
- La sonnaille résulte du geste du berger qui, à la veillée, va façonner le buis ou le micocoulier, bloqué d'une clavelle, pour former le redon qui rythmera le pas de l'animal et permettra de l'identifier en le canalisant.
Trois objets parfaits, éternels, nés de l'observation millénaire de ceux qui vivaient en symbiose avec les animaux, les éléments, la terre, habiles à comprendre, observer et transformer les choses, pour vivre.
La beauté des objets premiers est un seuil de savoir : l'œil peut y lire le travail de la main, le chemin de l'intelligence. Un tel objet est une source d'espace, une réflexion directe avec le temps dont il efface les limites par l'instantanéité du geste qui est, à lui seul, mémoire et connaissance. (M.A.T._D.© 2010)
M.A.T._D.© 2010
Il suffit d'une lumière pour révéler l'identité particulière d'un objet.
Ce jour-là, au musée, un polissoir de lisières en os, un arc massaï et un redon se sont retrouvés côte à côte, objets textiles d'univers autres mais reliés par l'intelligence :
- L'os du pied d'un veau fut utilisé pour polir les lisières des étoffes jusque vers le milieu du XXe siècle, en Bourgogne, par le dernier tixier d'Auxois.
- L'arc massaï, en cuir ajusté et cousu sur une âme en bois, est orné de franges. Un boyau noué lui donne son élasticité.
- La sonnaille résulte du geste du berger qui, à la veillée, va façonner le buis ou le micocoulier, bloqué d'une clavelle, pour former le redon qui rythmera le pas de l'animal et permettra de l'identifier en le canalisant.
Trois objets parfaits, éternels, nés de l'observation millénaire de ceux qui vivaient en symbiose avec les animaux, les éléments, la terre, habiles à comprendre, observer et transformer les choses, pour vivre.
La beauté des objets premiers est un seuil de savoir : l'œil peut y lire le travail de la main, le chemin de l'intelligence. Un tel objet est une source d'espace, une réflexion directe avec le temps dont il efface les limites par l'instantanéité du geste qui est, à lui seul, mémoire et connaissance. (M.A.T._D.© 2010)
M.A.T._D.© 2010
LES ATELIERS TEXTILES
Nos Ateliers sont faits selon le socle des connaissances de chacun et adaptés à chaque demande, aussi votre chemin à la Maison des Arts Textiles & du Design sera finalisé en dialogue avec vous.
Lors des stages, vous avez accès au Musée, à la Salle des Métiers à tisser à bras, à la bibliothèque du Centre de ressource (arts, sciences, philosophie et techniques), au Jardin botanique textile et à l’atelier de Daniel Algranate, ainsi qu’à tout un réseau potentiel d’ateliers amis avec lesquels nous échangeons des informations et travaillons volontiers. Nous pouvons vous héberger (sur réservation).
La ville de Flavigny, cité médiévale fortifiée d’Auxois, et la forêt alentour, permettent de retrouver temps et espace à votre rythme, d’autant plus que nous associons volontiers tout ce qui nous entoure à la matière de nos stages. Nous accueillons nos stagiaires toute l’année, de janvier à décembre, et la durée des formations varie de deux jours à plusieurs semaines, en fonction des techniques enseignées.
À la Maison des Arts Textiles & du Design vous apprendrez :
LE FILAGE, "Le Geste Premier" : avant de tisser, nous vous conseillons d’apprendre à filer la laine ; c’est “le premier geste” de connaissance. Vous serez autonome dans votre pratique sans avoir à investir beaucoup pour votre matériel (laine, fuseau, un bon sac...) et votre “atelier” vous accompagnera partout.
LE TISSAGE AUX DOIGTS, "Tisser où bon vous semble" : Une technique ancestrale simple pour tisser sans métier : quelques fils, deux calages (l’encroix), un point d’ancrage... vous permettent de travailler avec infinie diversité de points, de matières, de formes et de couleurs. Vous réaliserez des ceintures, des sacs, couvertures, capes et coussins, et des colliers pour vos animaux favoris !
LE TISSAGE À BRAS, "Une Histoire de Métier entre Fil, Chaîne et Trame" : tissage par excellence, c’est celui que vous apprendrez à la Maison des Arts Textiles. La Salle des Métiers à tisser à bras se trouve dans l'ancien grenier du musée. Elle comporte deux métiers 4 lames (60 d’empeignage), pour s’initier au tissage, un métier 8 lames (150 d’empeignage) et deux métiers 24 lames à touches (60 d’empeignage). Nous possédons aussi un métier 24 lames à ratière électromécanique pour une "formation design" qui corresponde aux critères industriels. Différents domaines sont étudiés lors des stages : Histoire des Arts textiles, le métier à tisser, initiation à la création de lignes de vêtements, présentation du design en atelier et pour l'industrie textile, pratique du jacquard, de l'armuré et de l'impression, approche du design d'intérieur, ainsi qu’une présentation des différentes filières autour du chanvre, de la laine et de la soie.
LA TEINTURE VÉGÉTALE, "La Science des Couleurs Naturelles" : le jardin botanique de la M.A.T. permet de connaître de nombreuses plantes tinctoriales et textiles. C’est un conservatoire vivant et le laboratoire à ciel ouvert du musée puisqu’il nous permet de produire les graines, racines, fleurs et feuilles utiles à certaines expérimentations. Un rouissoir subsiste au jardin. Il atteste de l’ancienneté des cultures du chanvre en Auxois. Nous cultivons plantes et semences et pouvons vous donner des graines (Ancolies, Roses trémières, Réséda, Isatis, Nigelle ou Cardère...) selon les saisons. Les stages de teinture végétale se font dans le Laboratoire de la Maison des Arts Textiles. Ils sont animés par Martine Doyonnax, chercheur et coloriste teinturière, intervenante pour l’UNESCO dans les pays du Maghreb. Au-delà de l’apprentissage des techniques, ils vous donneront de solides connaissances sur le travail du fil, les fibres, les outils, les produits et méthodes utiles à votre formation. Flavigny et ses environs vous permettent de découvrir les végétaux sauvages dans leurs milieux naturels.
LA PEINTURE AUX PIGMENTS, "Couleurs, Matières, Glacis & Cie" : un tableau est une matrice pour l'impression des étoffes et des papiers peints. Cet atelier vous permet d’approcher la matière des couleurs, qu’elle soit figurative ou abstraite, et ses différents supports, en lien avec les paysages de Flavigny et ses alentours. Nous vous proposons de travailler selon deux axes : une étude réfléchie des différentes altérations de la matière suivie d’un travail technique en atelier, avec pigments et huiles.
LE TRESSAGE D’OSIER & LA VANNERIE, "Un Retour aux Sources" : tissage et tressage sont reliés depuis toujours. La M.A.T. vous ouvre son jardin-atelier de tressage d’osier dans l’ancienne cure de Flavigny, au calme d’un bel espace entouré de collines. C’est dans cet atelier que Jacques Mouny, osiériculteur chevronné, vous enseigne différentes techniques de tressage et vous accompagne dans l’apprentissage de la vannerie selon des formes traditionnelles ou contemporaines.
TOILE & MOTS, "un chemin vers soi" : cet atelier se réfléchit en lien avec les paysages naturels et culturels autour de Flavigny et permet de se ressourcer en dehors du temps et des modes pour aider chacun à étoffer sa logique personnelle, entre mots et observation silencieuse. Autant que les couleurs et les formes ou les techniques, les mots sont des outils qui donnent aux projets une densité première. La toile de fond de tout imaginaire se tisse au moyen des mots par lesquels nous améliorons l’ouvrage et la connaissance de nous-mêmes tout autant que la technique, dans la mouture des gestes avec les souvenirs et transmise en dialogue. L’objectif de l’atelier est de travailler sur vos mots, importants vecteurs de savoirs ou d’émotions, d’où la nécessité de réfléchir sur leur rôle, leur pouvoir et leur usage dans le cadre de la création.
La Maison des Arts Textiles donne valeur de médium aux paysages et à la ville de Flavigny, toujours associées aux thématiques explorées. Chaque Atelier se relie aux autres. Le travail s'inspire des cycles naturels, des saisons, et ouvre un temps plus personnel axé sur la mémoire des gestes en optimisant les capacités créatives de chacun. Utiliser l’outil modifie le regard et permet de mieux comprendre un passé où les ateliers, nombreux, étaient proches des sciences de la vie et de la terre.
algranate@wanadoo.fr (M.A.T._D.© 2010)
Lors des stages, vous avez accès au Musée, à la Salle des Métiers à tisser à bras, à la bibliothèque du Centre de ressource (arts, sciences, philosophie et techniques), au Jardin botanique textile et à l’atelier de Daniel Algranate, ainsi qu’à tout un réseau potentiel d’ateliers amis avec lesquels nous échangeons des informations et travaillons volontiers. Nous pouvons vous héberger (sur réservation).
La ville de Flavigny, cité médiévale fortifiée d’Auxois, et la forêt alentour, permettent de retrouver temps et espace à votre rythme, d’autant plus que nous associons volontiers tout ce qui nous entoure à la matière de nos stages. Nous accueillons nos stagiaires toute l’année, de janvier à décembre, et la durée des formations varie de deux jours à plusieurs semaines, en fonction des techniques enseignées.
À la Maison des Arts Textiles & du Design vous apprendrez :
LE FILAGE, "Le Geste Premier" : avant de tisser, nous vous conseillons d’apprendre à filer la laine ; c’est “le premier geste” de connaissance. Vous serez autonome dans votre pratique sans avoir à investir beaucoup pour votre matériel (laine, fuseau, un bon sac...) et votre “atelier” vous accompagnera partout.
LE TISSAGE AUX DOIGTS, "Tisser où bon vous semble" : Une technique ancestrale simple pour tisser sans métier : quelques fils, deux calages (l’encroix), un point d’ancrage... vous permettent de travailler avec infinie diversité de points, de matières, de formes et de couleurs. Vous réaliserez des ceintures, des sacs, couvertures, capes et coussins, et des colliers pour vos animaux favoris !
LE TISSAGE À BRAS, "Une Histoire de Métier entre Fil, Chaîne et Trame" : tissage par excellence, c’est celui que vous apprendrez à la Maison des Arts Textiles. La Salle des Métiers à tisser à bras se trouve dans l'ancien grenier du musée. Elle comporte deux métiers 4 lames (60 d’empeignage), pour s’initier au tissage, un métier 8 lames (150 d’empeignage) et deux métiers 24 lames à touches (60 d’empeignage). Nous possédons aussi un métier 24 lames à ratière électromécanique pour une "formation design" qui corresponde aux critères industriels. Différents domaines sont étudiés lors des stages : Histoire des Arts textiles, le métier à tisser, initiation à la création de lignes de vêtements, présentation du design en atelier et pour l'industrie textile, pratique du jacquard, de l'armuré et de l'impression, approche du design d'intérieur, ainsi qu’une présentation des différentes filières autour du chanvre, de la laine et de la soie.
LA TEINTURE VÉGÉTALE, "La Science des Couleurs Naturelles" : le jardin botanique de la M.A.T. permet de connaître de nombreuses plantes tinctoriales et textiles. C’est un conservatoire vivant et le laboratoire à ciel ouvert du musée puisqu’il nous permet de produire les graines, racines, fleurs et feuilles utiles à certaines expérimentations. Un rouissoir subsiste au jardin. Il atteste de l’ancienneté des cultures du chanvre en Auxois. Nous cultivons plantes et semences et pouvons vous donner des graines (Ancolies, Roses trémières, Réséda, Isatis, Nigelle ou Cardère...) selon les saisons. Les stages de teinture végétale se font dans le Laboratoire de la Maison des Arts Textiles. Ils sont animés par Martine Doyonnax, chercheur et coloriste teinturière, intervenante pour l’UNESCO dans les pays du Maghreb. Au-delà de l’apprentissage des techniques, ils vous donneront de solides connaissances sur le travail du fil, les fibres, les outils, les produits et méthodes utiles à votre formation. Flavigny et ses environs vous permettent de découvrir les végétaux sauvages dans leurs milieux naturels.
LA PEINTURE AUX PIGMENTS, "Couleurs, Matières, Glacis & Cie" : un tableau est une matrice pour l'impression des étoffes et des papiers peints. Cet atelier vous permet d’approcher la matière des couleurs, qu’elle soit figurative ou abstraite, et ses différents supports, en lien avec les paysages de Flavigny et ses alentours. Nous vous proposons de travailler selon deux axes : une étude réfléchie des différentes altérations de la matière suivie d’un travail technique en atelier, avec pigments et huiles.
LE TRESSAGE D’OSIER & LA VANNERIE, "Un Retour aux Sources" : tissage et tressage sont reliés depuis toujours. La M.A.T. vous ouvre son jardin-atelier de tressage d’osier dans l’ancienne cure de Flavigny, au calme d’un bel espace entouré de collines. C’est dans cet atelier que Jacques Mouny, osiériculteur chevronné, vous enseigne différentes techniques de tressage et vous accompagne dans l’apprentissage de la vannerie selon des formes traditionnelles ou contemporaines.
TOILE & MOTS, "un chemin vers soi" : cet atelier se réfléchit en lien avec les paysages naturels et culturels autour de Flavigny et permet de se ressourcer en dehors du temps et des modes pour aider chacun à étoffer sa logique personnelle, entre mots et observation silencieuse. Autant que les couleurs et les formes ou les techniques, les mots sont des outils qui donnent aux projets une densité première. La toile de fond de tout imaginaire se tisse au moyen des mots par lesquels nous améliorons l’ouvrage et la connaissance de nous-mêmes tout autant que la technique, dans la mouture des gestes avec les souvenirs et transmise en dialogue. L’objectif de l’atelier est de travailler sur vos mots, importants vecteurs de savoirs ou d’émotions, d’où la nécessité de réfléchir sur leur rôle, leur pouvoir et leur usage dans le cadre de la création.
La Maison des Arts Textiles donne valeur de médium aux paysages et à la ville de Flavigny, toujours associées aux thématiques explorées. Chaque Atelier se relie aux autres. Le travail s'inspire des cycles naturels, des saisons, et ouvre un temps plus personnel axé sur la mémoire des gestes en optimisant les capacités créatives de chacun. Utiliser l’outil modifie le regard et permet de mieux comprendre un passé où les ateliers, nombreux, étaient proches des sciences de la vie et de la terre.
algranate@wanadoo.fr (M.A.T._D.© 2010)
THE SILENCE OF NAZOIRS
What is a "NAZOIR" in Burgundy ? It was the place where countrymen worked, with water and time, to prepare textiles plants for craftsmen (spinners, weavers...). Today, these nazoirs are empty and a lot of them are destroyed.
Remember... yesterday is not so far and time is memory : craftsmen built landscapes with their handiworks.
It is very important to preserve such a "land memory" now : it is like a great book of wood, colors, plants, grounds and stones, and knowledge also, and we can read in it our craft history. The original history ?...
In every country, in each town, and landscapes, it is necessary to help everybody to remember "the life before" when "to work" was an intelligent and free dialogue with the laws of nature and original matter. It is the soul of human life, of dreams, of beauty, by right, and all around us it is, perhaps, the only way for future. (M.A.T._D.© 2010)
M.A.T._D.© 2010
Remember... yesterday is not so far and time is memory : craftsmen built landscapes with their handiworks.
It is very important to preserve such a "land memory" now : it is like a great book of wood, colors, plants, grounds and stones, and knowledge also, and we can read in it our craft history. The original history ?...
In every country, in each town, and landscapes, it is necessary to help everybody to remember "the life before" when "to work" was an intelligent and free dialogue with the laws of nature and original matter. It is the soul of human life, of dreams, of beauty, by right, and all around us it is, perhaps, the only way for future. (M.A.T._D.© 2010)
M.A.T._D.© 2010
ALGRANATE, Designer textile
La Maison des Arts Textiles & du Design a été créée voici près de quarante ans par Daniel Algranate. Né à Paris en 1944, Algranate connaît très jeune la vie des ateliers du faubourg Saint-Antoine où ses grands-parents façonnent meubles, instruments et bijoux. Depuis des générations, les Algranate sont tous artisans et maîtres dans leur art : tapissiers, ébénistes, horlogers, orfèvres, joailliers, émailleurs ... seul son père, Jean Algranate, sera chimiste. Pendant la dernière guerre, cet officier, grand résistant, sauve de nombreuses vies et combat courageusement aux côtés de l'armée américaine. Aussi secret qu'intraitable, il transmet à son fils un amour immodéré de la liberté. D'origine andalouse, Daniel Algranate aime revenir aux sources et évoquer la légendaire épopée de ses ancêtres qui fondèrent la cité de Grenade, d'où leur nom d'Al Gharnati. Algranate en est l'héritier. Il en porte en lui les multiples traces, les déchirures et les exigences redoutables.
En 1960, il envisage de devenir chimiste comme son père, mais c'est à l'Ecole Boulle qu'il se forme à l'ébénisterie et forge les prémices de sa philosophie, une méthode qui lui permettra de créer en différents domaines et de passer d'un univers à l'autre : designer, tisserand, peintre, architecte d'intérieur, jardinier, plasticien, photographe... Algranate quitte Paris en 1970 pour vivre à Flavigny, en Bourgogne. Le designer textile devient tisserand. Il installe son atelier dans l'ancienne Maison de Justice de la ville, rue Lacordaire, et c'est de cet atelier qu'il va exporter ses créations dans le monde entier. Elles seront nombreuses et lui apporteront l'estime de maisons telles que Nobilis, Lorenzo Rubelli, Villeroy & Boch, Burlington, Sangetsu ou Schumacher, ainsi qu'une notoriété solide tant en Amérique qu'au Japon.
Designer pour l'industrie textile et celle du papier peint jusqu'en 2007, Algranate continue de donner régulièrement des cours de tissage dans ses ateliers de Flavigny. Il exposera à la Nikko Gallery (Oslo - 1980), présentera ses collections au Surtex (New York - 1987/1988) et concevra l'espace "Léon l'Africain" au Grand Palais (Paris - 1990) tout en organisant régulièrement des expositions dans sa galerie d'art contemporain d'Auxois. En 2000, il s'oriente vers une action plus conservatoire : la galerie devient un musée, la "Maison des Matières & du Design Textile", auquel est associé en 2002 un Jardin botanique textile, puis en 2008, la "Maison des Arts Textiles & du Design" (M.A.T.), centre de ressource, d'enseignement et de recherche, et pierre angulaire expérimentale du C.R.A.F.T., Centre de Recherche sur les Arts et Formes Traditionnels, dont Algranate structure les bases pour développer de nouvelles filières au bénéfice des jeunes générations.
Daniel Algranate a consacré de nombreuses œuvres à Flavigny-sur-Ozerain (paysages, architecture, matières) dont un ensemble de seize tableaux figuratifs (pastel et crayon lithographique sur papier huilé), un "Flavigny sur Haute Roche" (œuvre tissée sur métier à bras en laine mérinos), toutes sortes d'études au fusain et des centaines de toiles inspirées par le travail du temps sur les pierres, les végétaux et les paysages de Bourgogne (glacis pigments et huiles). Depuis 2009, Algranate a repris ses pinceaux et ouvert un nouvel atelier dédié à l'art contemporain, à quelques pas de la Maison des Arts Textiles. Il continue ses recherches sur la mémoire textile de l'Auxois (soie, chanvre et laine) et envisage de revenir à ses premières amours : la création.
En 1960, il envisage de devenir chimiste comme son père, mais c'est à l'Ecole Boulle qu'il se forme à l'ébénisterie et forge les prémices de sa philosophie, une méthode qui lui permettra de créer en différents domaines et de passer d'un univers à l'autre : designer, tisserand, peintre, architecte d'intérieur, jardinier, plasticien, photographe... Algranate quitte Paris en 1970 pour vivre à Flavigny, en Bourgogne. Le designer textile devient tisserand. Il installe son atelier dans l'ancienne Maison de Justice de la ville, rue Lacordaire, et c'est de cet atelier qu'il va exporter ses créations dans le monde entier. Elles seront nombreuses et lui apporteront l'estime de maisons telles que Nobilis, Lorenzo Rubelli, Villeroy & Boch, Burlington, Sangetsu ou Schumacher, ainsi qu'une notoriété solide tant en Amérique qu'au Japon.
Designer pour l'industrie textile et celle du papier peint jusqu'en 2007, Algranate continue de donner régulièrement des cours de tissage dans ses ateliers de Flavigny. Il exposera à la Nikko Gallery (Oslo - 1980), présentera ses collections au Surtex (New York - 1987/1988) et concevra l'espace "Léon l'Africain" au Grand Palais (Paris - 1990) tout en organisant régulièrement des expositions dans sa galerie d'art contemporain d'Auxois. En 2000, il s'oriente vers une action plus conservatoire : la galerie devient un musée, la "Maison des Matières & du Design Textile", auquel est associé en 2002 un Jardin botanique textile, puis en 2008, la "Maison des Arts Textiles & du Design" (M.A.T.), centre de ressource, d'enseignement et de recherche, et pierre angulaire expérimentale du C.R.A.F.T., Centre de Recherche sur les Arts et Formes Traditionnels, dont Algranate structure les bases pour développer de nouvelles filières au bénéfice des jeunes générations.
Daniel Algranate a consacré de nombreuses œuvres à Flavigny-sur-Ozerain (paysages, architecture, matières) dont un ensemble de seize tableaux figuratifs (pastel et crayon lithographique sur papier huilé), un "Flavigny sur Haute Roche" (œuvre tissée sur métier à bras en laine mérinos), toutes sortes d'études au fusain et des centaines de toiles inspirées par le travail du temps sur les pierres, les végétaux et les paysages de Bourgogne (glacis pigments et huiles). Depuis 2009, Algranate a repris ses pinceaux et ouvert un nouvel atelier dédié à l'art contemporain, à quelques pas de la Maison des Arts Textiles. Il continue ses recherches sur la mémoire textile de l'Auxois (soie, chanvre et laine) et envisage de revenir à ses premières amours : la création.
EXPOSITIONS 2010
Deux expositions sont prévues à la M.A.T. pour 2010 :
- "INVENTAIRE AU MUSEE : l'A.B.C. des Collections"
de février 2010 à août 2010
Toute présentation muséale présuppose un véritable travail de bénédictin en amont : les objets sont analysés, marqués et rigoureusement classés selon leur identité lors de l'inventaire qui est à la base de toute muséographie. C'est aussi l'outil de prédilection du conservateur qui détermine les champs du possible, les liens et partitions permettant de convier les visiteurs à la découverte d'autres mondes dont chaque objet reste la clef. Un inventaire ne s'improvise pas : il se construit et s'articule en plusieurs phases, sujets, domaines, participant de logiques semblables ou contraires mais tissées de même vues. C'est l'A.B.C. des collections et la trame du musée.
La M.A.T. en fait le socle de sa première exposition de l'année 2010 pour partager avec ses visiteurs la méthodologie d'un petit musée d'Auxois dédié aux arts textiles après avoir été une Galerie d'Art Contemporain. L'étude de documents anciens, des outils forgés et taillés, et la pratique concrète de métiers ancestraux tels que l'ébénisterie et l'horlogerie, le filage, le tissage à main et à bras, la teinture végétale, la peinture aux pigments, ainsi que toutes les activités reliées au Jardin botanique que s'est attaché le musée, ont permis à ce lieu d'évoluer vers une autre lecture des métiers fondateurs de notre culture et de ne pas les figer dans des standards réducteurs ou caricaturaux.
A une époque où le design actuel est sacralisé, la M.A.T. choisit de mettre en valeur les objets, outils et instruments ayant résulté des cheminements scientifiques et techniques d'artisans du passé qui ont permis l'évolution d'un monde devenu peu à peu le nôtre.
Par l'Inventaire, c'est à ce cheminement que vous êtes conviés et qu'il vous est proposé de découvrir le design des outils textiles parfaitement ergonomiques des siècles passés.
- "LAINE, CHANVRE & SOIE D'AUXOIS - ne perdez pas le fil !"
de septembre 2010 à décembre 2010
La Bourgogne, terre d'imprégnation spirituelle, a été un important producteur de béliers et de laine Burel ou Mérinos. Ce fut aussi une terre dédiée au chanvre et à la soie bien qu'il n'en reste aujourd'hui que peu de traces dans la mémoire collective. Seuls quelques lieux attestent encore de ce passé textile ou de la présence des fabuleux moutons qui furent à l'origine des grands troupeaux de Nouvelle Zélande, d'Australie et d'Argentine.
Pour ne pas perdre le fil, la M.A.T. présente à travers ses propres archives tout un travail de recherche sur le passé textile de la Bourgogne, et de l'Auxois plus particulièrement, afin que chacun puisse retrouver la mémoire de ce qui fut en partie à l'origine des identité drapières et d'embouchage des terres de ce duché, et qui participa à leur façonnage.
Cette exposition est dédiée à des lieux, tels les nazoirs, qu'il serait utile de sauver afin que les pierres ne disparaissent pas en entraînant avec elles tout un passé de savoirs, de techniques et d'usages pour lesquelles il ne serait plus possible de renouer le fil, et au travail des tixiers, chanvriers, soyeux, drapiers et autres artisans sans lesquels, d'évidence, le monde manquerait d'étoffe !
- "INVENTAIRE AU MUSEE : l'A.B.C. des Collections"
de février 2010 à août 2010
Toute présentation muséale présuppose un véritable travail de bénédictin en amont : les objets sont analysés, marqués et rigoureusement classés selon leur identité lors de l'inventaire qui est à la base de toute muséographie. C'est aussi l'outil de prédilection du conservateur qui détermine les champs du possible, les liens et partitions permettant de convier les visiteurs à la découverte d'autres mondes dont chaque objet reste la clef. Un inventaire ne s'improvise pas : il se construit et s'articule en plusieurs phases, sujets, domaines, participant de logiques semblables ou contraires mais tissées de même vues. C'est l'A.B.C. des collections et la trame du musée.
La M.A.T. en fait le socle de sa première exposition de l'année 2010 pour partager avec ses visiteurs la méthodologie d'un petit musée d'Auxois dédié aux arts textiles après avoir été une Galerie d'Art Contemporain. L'étude de documents anciens, des outils forgés et taillés, et la pratique concrète de métiers ancestraux tels que l'ébénisterie et l'horlogerie, le filage, le tissage à main et à bras, la teinture végétale, la peinture aux pigments, ainsi que toutes les activités reliées au Jardin botanique que s'est attaché le musée, ont permis à ce lieu d'évoluer vers une autre lecture des métiers fondateurs de notre culture et de ne pas les figer dans des standards réducteurs ou caricaturaux.
A une époque où le design actuel est sacralisé, la M.A.T. choisit de mettre en valeur les objets, outils et instruments ayant résulté des cheminements scientifiques et techniques d'artisans du passé qui ont permis l'évolution d'un monde devenu peu à peu le nôtre.
Par l'Inventaire, c'est à ce cheminement que vous êtes conviés et qu'il vous est proposé de découvrir le design des outils textiles parfaitement ergonomiques des siècles passés.
- "LAINE, CHANVRE & SOIE D'AUXOIS - ne perdez pas le fil !"
de septembre 2010 à décembre 2010
La Bourgogne, terre d'imprégnation spirituelle, a été un important producteur de béliers et de laine Burel ou Mérinos. Ce fut aussi une terre dédiée au chanvre et à la soie bien qu'il n'en reste aujourd'hui que peu de traces dans la mémoire collective. Seuls quelques lieux attestent encore de ce passé textile ou de la présence des fabuleux moutons qui furent à l'origine des grands troupeaux de Nouvelle Zélande, d'Australie et d'Argentine.
Pour ne pas perdre le fil, la M.A.T. présente à travers ses propres archives tout un travail de recherche sur le passé textile de la Bourgogne, et de l'Auxois plus particulièrement, afin que chacun puisse retrouver la mémoire de ce qui fut en partie à l'origine des identité drapières et d'embouchage des terres de ce duché, et qui participa à leur façonnage.
Cette exposition est dédiée à des lieux, tels les nazoirs, qu'il serait utile de sauver afin que les pierres ne disparaissent pas en entraînant avec elles tout un passé de savoirs, de techniques et d'usages pour lesquelles il ne serait plus possible de renouer le fil, et au travail des tixiers, chanvriers, soyeux, drapiers et autres artisans sans lesquels, d'évidence, le monde manquerait d'étoffe !
INVENTAIRES & NOUVEAUX ESPACES
La Maison des Arts Textiles est située dans l'ancienne Maison de Justice de Flavigny. Elle s'inscrit dans la verticalité d'un bâtiment qui déploie ses différentes salles autour d'un escalier en pierre de Bourgogne. Le musée présente depuis plus de dix ans le fonds Algranate dédié aux arts textiles de l'Auxois mais n'a pas cessé par ailleurs de densifier ses collections de nouvelles acquisitions. Il devient aujourd'hui important de refaire l'inventaire de l'ensemble des éléments présentés aux visiteurs (outils, objets textiles, design contemporain, archives, documents d'ateliers) et de revoir la muséographie afin d'ouvrir de nouveaux espaces dans le musée.
C'est dans cet esprit qu'une salle des Métiers à tisser à bras a été aménagée sous la charpente, dans l'ancien grenier, pour accueillir ceux qui souhaitent s'initier à l'art du tissage, et qu'une Salle des Expositions temporaires a été ouverte au premier étage, centrée autour d'une structure design créée par Daniel Algranate au cœur de cet espace afin d'en moduler les différents rythmes.
Afin de ne pas interrompre le dialogue avec ses visiteurs, la M.A.T., musée en mouvement, a programmé une fin d'année 2009 sur la thématique de "L'INVENTAIRE au musée", ce qui permet d'utiliser pour un retournement de sens et dans sa partition la plus intime, l'étoffe du musée !
C'est dans cet esprit qu'une salle des Métiers à tisser à bras a été aménagée sous la charpente, dans l'ancien grenier, pour accueillir ceux qui souhaitent s'initier à l'art du tissage, et qu'une Salle des Expositions temporaires a été ouverte au premier étage, centrée autour d'une structure design créée par Daniel Algranate au cœur de cet espace afin d'en moduler les différents rythmes.
Afin de ne pas interrompre le dialogue avec ses visiteurs, la M.A.T., musée en mouvement, a programmé une fin d'année 2009 sur la thématique de "L'INVENTAIRE au musée", ce qui permet d'utiliser pour un retournement de sens et dans sa partition la plus intime, l'étoffe du musée !
LE MUSEE
A l'intérieur des pierres, le Temps et la Matière.
Et la mémoire des gestes, lentement absorbée par l'outil.
Mais il ne faudrait pas fossiliser rouets, quenouilles, carrosses, forces et sonnailles, en faire de jolies histoires du passé pour enfants sages, du folklore ou des choses à classer ! A l'intérieur du temps se trouvent les pierres et la matière, le travail quotidien, le feu, le vent, la terre, à couleur, à pisé, celle des bols et des plats, et celle qui colle aux bottes les jours de pluie quand le potager glisse, limace et chatoie, indomptable de boue, de senteurs et d'attentes... La matière, c'est le geste, le regard, la voix, la mémoire, l'heure tardive, l'intuition, et le vide vertigineux, parfois, du doute qui fragmente les rêves ! Adoucir, ciseler, tailler, tisser, imaginer la soie avant d'en concevoir l'armure fait jaillir le mûrier blanc de l'ombre, à quelques pas, à quelques siècles, pour accueillir le visiteur passant par là... Chaque objet exposé est à lui seul un monde ! C'est la voix du canut que l'on retrouve, le rythme du rouet où s'enroule une laine à peine captive qui ouvre à la main la fraîcheur d'un petit mufle doux où sonnaille encore la veillée, c'est rouir et attendre, et carder, récolter feuilles, fleurs et fruits qui permettront de créer formes, étoffes aux miroirs, lorsque la main travaille, forge et œuvre dans l'incandescence de l'esprit, en sa simplicité native, éparpille graines et limailles... Tout objet vivant résulte d'une somme de gestes reliés à des savoirs : il reste orphelin de son époque, encore imprégné de l'atelier et de l'usage, surnage au quotidien, émerge à nos regards. C'est toute la philosophie du musée que de veiller au grain, de résister au temps tout en l'accompagnant, haute école où l'intelligence de la main est souveraine.
Au musée, la Matière, c'est le Temps.
Mais il ne faudrait pas fossiliser rouets, quenouilles, carrosses, forces et sonnailles, en faire de jolies histoires du passé pour enfants sages, du folklore ou des choses à classer ! A l'intérieur du temps se trouvent les pierres et la matière, le travail quotidien, le feu, le vent, la terre, à couleur, à pisé, celle des bols et des plats, et celle qui colle aux bottes les jours de pluie quand le potager glisse, limace et chatoie, indomptable de boue, de senteurs et d'attentes... La matière, c'est le geste, le regard, la voix, la mémoire, l'heure tardive, l'intuition, et le vide vertigineux, parfois, du doute qui fragmente les rêves ! Adoucir, ciseler, tailler, tisser, imaginer la soie avant d'en concevoir l'armure fait jaillir le mûrier blanc de l'ombre, à quelques pas, à quelques siècles, pour accueillir le visiteur passant par là... Chaque objet exposé est à lui seul un monde ! C'est la voix du canut que l'on retrouve, le rythme du rouet où s'enroule une laine à peine captive qui ouvre à la main la fraîcheur d'un petit mufle doux où sonnaille encore la veillée, c'est rouir et attendre, et carder, récolter feuilles, fleurs et fruits qui permettront de créer formes, étoffes aux miroirs, lorsque la main travaille, forge et œuvre dans l'incandescence de l'esprit, en sa simplicité native, éparpille graines et limailles... Tout objet vivant résulte d'une somme de gestes reliés à des savoirs : il reste orphelin de son époque, encore imprégné de l'atelier et de l'usage, surnage au quotidien, émerge à nos regards. C'est toute la philosophie du musée que de veiller au grain, de résister au temps tout en l'accompagnant, haute école où l'intelligence de la main est souveraine.
Au musée, la Matière, c'est le Temps.

