« La Blanchisserie de l’Hospice »


                                                                                              « Aller à la messe et aller à la rivière, deux vieilles habitudes sacrées »  Jules Renard 


Notre corps est le premier héritage, celui qui va nous permettre de vivre selon l’esprit et la matière en ce monde d’une façon sensible puisque de la matière émerge aussi la vie, et la pensée. Le textile est aujourd’hui l’un des rares domaines qui atteste encore de cette complexité sensible puisque de la naissance à  la mort, l’étoffe nous accompagne et signe notre absence à la vie bien que le linceul ne nous enveloppe plus. Dans son Encyclopédie ( au droit fil de la pensée de Georges Louis Buffon), Denis Diderot développe une vision du corps humain basée sur la sensibilité, avec la notion de fibre comme vecteur de celle-ci, étayée par une comparaison avec le travail du métier à tisser.


Il est vrai que les liens sont étroits entre le textile et l’homme, cet organisme (du grec organon, outil, instrument) que la médecine ancienne intégrait au cosmos et à la nature. Les liens sont tout aussi étroits entre l’homme et la médecine qui, au cours des siècles, va avoir une influence considérable sur la représentation du corps, objet de tous ses soins et de ses fantasmes car, pour soigner, il importe avant tout de connaître : la première dissection a lieu à Montpellier en 1376, et il faudra attendre le XVIIIe  siècle pour que soit créée une école pratique de dissection (à Paris).


L’étoffe protège, tient chaud, cache, recouvre, affirme et signe l’identité ; elle est du domaine de la vie, du travail, du mouvement, de la séduction et du rêve, contrairement à la médecine qui n’a de cesse d’ouvrir, d’inciser, d’isoler le corps et de le mettre à nu, et plus encore puisqu’il a fallu bien des siècles pour que le chirurgien (du grec kheirourgia, « travail manuel », puisque toucher le corps humain reste jusqu’à la Renaissance un domaine qui lui est réservé) acquiert ses lettres de noblesse, lui


qui, comme le barbier et le bourreau, faisait couler le sang pour connaître et décrypter les mystérieuses fonctions des organes humains.


L’histoire de l’hôpital reste reliée à celle des innovations techniques : la médecine moderne traite aujourd’hui bien plus la maladie que le malade. Mais il ne faut pas oublier que la thérapie a longtemps été un domaine spirituel et philosophique où l’esprit n’était pas dissocié du corps : on soignait l’âme autant que la blessure et l’hôpital ne se concevait pas sans chapelle ni prières qui adoucissaient douleurs et fractures puisque, ainsi forcé à l’immobilité en des temps où la survie dépendait d’actions très physiques, le corps hospitalisé n’appartenait plus au temps social mais à la Providence autant qu’à la médecine et, bien souvent, à la charité : ainsi à Tonnerre où pas un malade ne quittait l’hôpital sans être doté d’une chemise et d’un pain, selon la volonté de Marguerite de Bourgogne...



LA LESSIVE A TRAVERS LES SIÈCLES


La Bible évoque le Trona (cristaux prismatiques, bien formés, plats, incolores et transparents) ou le Natron (à l’état naturel dans les lacs égyptiens) à base de soude naturelle. Les racines et les tiges de saponaires sont connues pour leurs propriétés lavantes. Au fil des siècles, pour blanchir les fibres végétales de chanvre et de lin, le pouvoir nettoyant de l’eau a toujours été renforcé de produits détergents : efflorescences salines, dérivés du salpêtre du sol, urine putréfiée, salicorne et saponaire, colloïdes des sols argileux, cendres de bois ou de fougères, fiel de bœuf, terre à foulon...  C’est à la civilisation musulmane que l’on doit l’utilisation d’huile d’olive en remplacement de la graisse animale, une technique qui devint très populaire à Marseille où, au XIVe  siècle, s’installeront des ateliers de fabrication. Dès le XVIIe  siècle, la ville comptera trois fabriques de « Savon de Marseille ».



Exposition “la Blanchisserie de l’Hospice”

du 19 septembre au 31 décembre 2009

IMAGINE - Maison des Arts Textiles & du Design  

Jardin Botanique Textile™   

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